ACTUALITES

Rencontre avec le Colonel Luc Gennart

Par Amaury Arnould (ads 2007), rédacteur en chef,
et Baudouin Hambenne (ads 1980), corédacteur en chef.






Une actualité politique brûlante a placé sous les feux des projecteurs un ancien du Collège, le Colonel Luc Gennart (Ads 78). L’homme qui a osé rompre la loi du silence et dénoncer la flamandisation de l’armée. Horizons a souhaité en savoir plus. B. Hambenne et A. Arnould l’ont donc rencontré ce 27 avril. Ils ont découvert un militaire passionné, un homme de conviction et avant tout un citoyen engagé.

Horizons : Merci Colonel Gennart de nous avoir reçu aujourd’hui et de nous avoir consacré un peu de votre temps, au milieu de votre actualité médiatique chargée. Au travers de cette interview, nous voudrions prendre le temps de faire mieux connaissance avec un Ancien qui, selon l’expression du professeur Michel Quévit de l’Université Catholique de Louvain, a « transgressé un tabou pourtant fondamental relatif au fonctionnement de nos institutions ». Pouvez-vous commencer par nous dire quelques mots sur votre parcours scolaire ?
Luc Gennart : Je suis rentré en 1965 à Saint-Michel, où mon oncle, le Père Balon-Perin était préfet des primaires. J’y ai effectué toute ma scolarité et ai opté pour les humanités scientifiques, terminant ma rhéto chez le père t’Jan en 1978. La même année, j’ai été admis à l’Ecole Royale Militaire (ERM) en polytechnique et comme élève pilote. Au Collège et à l’ERM, j’ai été le condisciple du Prince Philippe de Belgique dont j’ai même partagé la chambrée.

Horizons : Vous refranchissez aujourd’hui les portes du Collège où vous avez passé douze années, et où vous avez appris à devenir adulte. Qu’est-ce que cela vous fait de revenir ici aujourd’hui ? Gardez-vous encore des contacts avec des Anciens ?
Luc Gennart : Il y a évidemment beaucoup moins de jésuites qu’auparavant, ce qui représente un changement considérable, même si les murs et l’atmosphère ont gardé leur cachet d’antan. J’ai gardé des contacts ponctuels avec d’anciens camarades de classe comme Olivier Maingain, par exemple. Toutefois, mes principales attaches sont restées avec les anciens scouts de la quatrième unité. Nous y avons appris à nous dépasser à travers le sport et à développer un esprit de groupe si nécessaire chez les jeunes.

Horizons : Quelles anecdotes liées au Collège gardez-vous en mémoire ?
Luc Gennart : Deux souvenirs m’ont particulièrement marqué. Tout d’abord lorsque j’étais dans la classe du Père Kaivers (surnommé Kéké) en deuxième humanité, nous animions sous sa houlette un village à Chooz en hiver et nous y apportions notre aide aux plus démunis. Ensuite, en rhéto, le choix que fit la classe de privilégier un court séjour au Carnaval à Londres plutôt qu’un grand voyage pendant les vacances pascales, afin de nous concentrer sur la préparation de nos examens d’entrée en ingénieur civil.

Horizons : Pouvez-vous nous dire quelques mots sur votre famille ?
Luc Gennart : Mon épouse et moi avons six enfants : quatre filles et deux garçons. Tous sont passés par le Collège Notre-Dame de la Paix à Erpent et notre petite dernière y est toujours actuellement, en quatrième primaires.

Horizons : Quel a ensuite été votre parcours à l’armée ?
Luc Gennart : Ma formation professionnelle a consisté en cinq années et demi d’ingénieur civil, et deux ans et demi de formation de pilote de chasse (même si un pilote de chasse ne cesse jamais d’être en formation : chaque vol est une évaluation, et chaque lundi, on ne sait jamais si on sera encore là le vendredi). J’ai toujours volé sur des F16. Je suis assez vite rentré dans l’Etat Major où j’ai géré pas mal de projets en touchant un peu à tout et en rencontrant beaucoup de gens aux compétences diverses. Il fallait un esprit analytique pour décortiquer un problème et y apporter les meilleures solutions possibles. Je devais continuer à piloter tout en étant à l’Etat Major ; j’ai ainsi accumulé près de 3600 heures de vol. Mon sens de la responsabilité a conduit l’armée belge à m’envoyer à l’étranger ; j’ai ainsi travaillé au quartier de la marine à l’OTAN à Londres. J’ai toujours préparé le combat, mais je n’ai jamais eu l’occasion d’y aller.

Parallèlement, le Ministre de la Défense André Flahaut m’avait confié la rédaction du Plan stratégique de l’Armée, afin de dessiner les contours de l’armée du futur. Ce plan plus humaniste se voulait soucieux de veiller à ce que l’armée, en plus de ses missions de défense, soit plus engagée dans des missions de maintien de la paix ou des missions humanitaires.

En septembre 2008, à mon retour de Londres, j’ai été nommé commandant en chef de la base aérienne de Florennes, dont les capacités technologiques sont mondialement réputées, et contribuent au redéveloppement économique de la Région wallonne. En employant 1300 personnes, la base est ainsi la plus grande entreprise de la province de Namur.

Horizons : Que se passe-t-il lors de votre arrivée à la base de Florennes ?
Luc Gennart : En arrivant à Florennes, je me disais qu’il fallait que le grand public comprenne à quoi servait une armée, et quel rôle celle-ci jouait. Je voulais ouvrir la base au monde civil pour créer une osmose avec la population et les entreprises locales. Il fallait se demander quelles forces et techniques mettre en avant. Il faut savoir que les techniques aéronautiques et aérospatiales sont très développées en Wallonie, et qu’il était donc souhaitable de continuer à travailler dans ce secteur porteur d’avenir. Notre plan s’est toutefois heurté à un groupe composé de militaires néerlandophones issus de la force terrestre, sous la direction du général francophone Delcour (chef de l’Etat Major) qui voulaient privilégier eux une orientation militaire plus classiquement terrestre. Forcément, la conséquence de cette ligne de conduite prévoyait des économies frappant directement la composante aérienne : fermeture directe des installations de la base de Bierset et celle pressentie de la base de Florennes toutes deux situées en Wallonie.

Horizons : Vous avez donc eu la conviction que votre devoir de citoyen devait vous pousser à réagir ?
Luc Gennart : Oui, depuis quelques années, le militaire ayant droit à la parole du moment qu’il ne trahit pas le secret défense, devant l’absence de réaction des hommes politiques, des militaires et de la presse, j’ai fait le choix de m’exprimer sur la RTBF pendant deux minutes quinze face au journaliste Frédéric Deborsu. Mes déclarations ont provoqué la réaction immédiate du général Delcour qui a entamé une procédure disciplinaire à mon encontre arguant du fait que j’avais donné mon interview sur un espace militaire. Le général Delcour a tenu une conférence de presse mémorable au cours de laquelle il a même évoqué que la déontologie militaire et les normes au niveau de l’ordre et de la discipline à l’armée sont devenues incompatibles avec les lois et les conventions que la Belgique a signées, notamment en matière de droit de l’homme ! Il a même ajouté qu’il avait l’intention de faire appel au législateur afin de corriger cette situation. Il est piquant de constater que je fus cloué au pilori la même année où je venais d’être élu manager de l’année à Namur… Une sanction vexatoire a été prise à mon égard afin de me priver de commander les fastes de mon unité dans les rues de Namur. Pourtant, une action en extrême urgence auprès du Conseil d’Etat m’a là aussi donné raison et autorisé à rejoindre mes hommes à temps. J’ai par la suite été suspendu, mais par le biais d’actions en justice, j’ai pu obtenir d’être maintenu à mon poste jusqu’au terme légal prévu. Parallèlement à cela, une commission de la Chambre a été mise en place afin d’examiner la pertinence de mes affirmations. Au terme de ses travaux, il est désormais avéré que mes propos étaient bien fondés et plus personne ne conteste la large sous-représentation des militaires francophones de haut rang au sein des instances décisionnelles de l’armée.

Horizons : Avez-vous des regrets quand vous voyez les conséquences de vos paroles ?
Luc Gennart : Absolument pas. A titre professionnel, la commission parlementaire m’a donné raison et d’autres secteurs (comme la police ou les affaires étrangères) vont maintenant être examinés sous le même angle. Plus largement, cela fut pour moi l’occasion d’entamer une réflexion globale sur la question au travers de mon ouvrage : « Vers une armée flamande ? » publié en cette fin du mois d’avril1 . Cela me donne l’occasion de rencontrer beaucoup de citoyens, d’hommes politiques et de journalistes, qui viennent vers moi pour en savoir plus. Sur le plan personnel, ce fut un choix soutenu par mon épouse. Je continue le combat, et en tant qu’ingénieur civil, je peux maintenant m’ouvrir à de nouveaux horizons.

Horizons : A propos d’Horizons, revenons aux sources de votre formation. Avez-vous le sentiment que l’éducation que vous avez reçu au Collège a été déterminante dans votre action ?
Luc Gennart : Bien évidemment. L’éducation jésuite m’a appris à décortiquer un problème et à être moralement droit. Mais également que lorsqu’on avait de justes convictions, il ne fallait pas hésiter à les défendre. C’est dans l’esprit inculqué par les jésuites que j’ai mené ma carrière et écrit mon livre. J’ai ouvert un débat d’idées, basé sur des faits pour dénoncer des dysfonctionnements, mais je n’ai détruit personne.

Horizons : Pour terminer, quel message souhaiteriez-vous transmettre aux jeunes ?
Luc Gennart : Il faut choisir un métier qui vous passionne. Une fois dans votre passion, vous ferez des miracles. Si vous constatez que cela ne correspond pas à vos aspirations, n’hésitez pas à changer. Vivez vos rêves ! Merci mon cher Luc. Nous vous souhaitons bon succès dans vos nouvelles entreprises et nous espérons pouvoir vous rencontrer le 16 septembre aux grandes retrouvailles des Anciens !



1 L. GENNART et Th. WAGENER, « Vers une armée flamande ? L’analyse du Colonel Gennart », La Muette, Bruxelles, avril 2011, www.lamuette.be

Quelques photos








A retenir

- Rencontre du 16/09
- Les photos du 16/09 (Ambiance)
- Les photos du 16/09 (Classe)
- Perdus de vue
- Cotisations 2013 !

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